ساق البامبو ـ سعود السنعوسي Excellent roman saoudien / Very good KSA novel

(FRA)

La branche de bambou – de Sa’ûd al-San’ûsî

 

Le roman qui a gagné le prix international du roman arabe au Liban 2013 (International Prize for Arabic fiction – «Booker»). Je viens juste de le finir, et je suis bien contente qu’il ait gagné, bien que je suis entrain de lire un autre qui était également dans les finalistes et qui aurait tout autant mérité le prix, mais bref, revenons au sujet principal.

L’histoire, écrite à la première personne, d’un enfant mi-koweïtien mi-philippin : sa mère étant à l’époque domestique dans une maison koweïtienne, mais bien que son père ait voulu vivre avec elle et se marier, il a cédé aux pressions familiales, a divorcé sa femme et l’a renvoyé avec le bébé aux Philippines avec la promesse de s’occuper de son garçon à l’âge de la majorité. Entre temps l’invasion irakienne emporte le père, et le héros revient au Koweït, nourri par les images idéalisées de sa mère qui lui souhaitait une meilleure vie que la pauvreté aux Philippines. Mais la famille ne l’accepte pas, son retour lui-même se trouve être une sorte de vengeance d’un ancien ami de son père lui-même rejeté par la famille (du fait de sont statut «bidoun» : koweïtien mais sans papiers officiels), bref, il a trop l’air «philippin», c’est la honte pour cette famille de haut standing, etc … Seule sa demi-soeur et des amis lui rende la vie intéressante au Koweït, mais il finira par retourner aux Philippines retrouver son grand amour et son autre famille, pauvre et pleine de problèmes elle aussi.

Mon résumé ne ressemble peut-être à rien, mais l’histoire, beaucoup plus complexe et intéressante, vaut vraiment le coup. La langue est claire, tout comme la critique sociale des différentes sociétés : les Philippines par exemple comme victime de différents paramètres (pauvreté, etc) ce qui oblige les filles à se prostituer, à s’exporter comme domestiques notamment dans les pays arabes (avec tous les dangers connus que ça implique pour certaines), et le Koweït comme société très riche mais très contradictoire et dure envers les étrangers, tout le monde en prend pour son grade, cela va de la prostitution au racisme, en passant par les différents jeux des couches sociales, de la complexité des réputations, du manque d’instruction via la lecture, de l’abandon de la langue maternelle (l’arabe) au profit de l’anglais chez les jeunes … Concernant ce dernier point, j’ai hautement apprécié le passage où le héros reproche à sa demi soeur, koweïtienne, de n’utiliser que l’anglais pour parler à ses amies plutôt que l’arabe, et s’appuyant sur l’histoire des Philippines et d’un héros national philippin, José Rizal (dont les citations parsèment le livre), lui explique que c’est un signe de colonisation étrangère en passe de réussir … Si l’anglais est positif dans le sens où il leur permet de communiquer, il ne devrait pas remplacer la fonction de la langue nationale.

La religion est aussi abordée, de la façon dont elle est comprise et utilisée, que ce soit aux Philippines ou au Koweït … Le personnage est un chrétien avec des tendances bouddhistes, et qui est intrigué par l’islam du fait de ses origines, mais il arrive, d’une certaine façon, à mieux comprendre l’islam que quelque uns de ses compatriotes émigrés au Koweït. Je citerai là une scène bien sentie où l’un de ses amis philippins, musulman «militant», essaie de le convaincre de la grandeur de l’islam avec une série de photos de soi-disant «miracles», par exemple d’un poisson dont les écailles du ventre forme le nom «Allah», ou d’une mosquée, restée debout après une tornade, alors que toutes les maisons alentours ont été détruites. Le héros lui réplique alors que ces photos ne sont que des bêtises, et que s’il veut vraiment convaincre qui que ce soit de sa religion, ce n’est pas ne montrant des maisons détruites qu’il va y arriver, dont la seule explication rationnelle est que la mosquée était en béton et les maisons en bois, donc aucun argument religieux n’est valable dans ce cas là, et termine en lui répliquant «si tu veux m’intéresser à l’islam, tu ferais mieux de me lire et de me traduire des versets du Coran directement».

La seule chose qui me laisse intriguée, au vu de l’intérêt du narrateur pour les questions de langue, de l’importance de connaître sa propre langue et celles des autres, c’est que le héros, pas une seule fois, ne cherche à prendre des cours d’arabe. Pourtant il reste deux ans au Koweït, mais l’anglais semble lui suffire pour se forger des liens avec les différentes personnes là-bas. Il finira par écrire le roman de sa vie dans sa langue maternelle, qui sera ensuite traduit en arabe par un ami philippin maîtrisant la langue … C’est pour sa que le lecteur peut être perturbé en premier lieu par la présentation de l’ouvrage, où l’auteur réel ne serait qu’un transcripteur.

(Explication du titre : le bambou – plante qui se trouve dans le jardin du héros aux Philippines – peut prendre racine n’importe où, quelque soit le lieu où il est transplanté … Le héros s’attend donc à pouvoir prendre racine au Koweït, mais ce ne sera pas vraiment le cas.)

Pour terminer, je pense que l’auteur, saoudien, a réussi à éviter l’interdiction du livre en le publiant au Liban, et en évitant d’attaquer directement son propre pays, même s’il est très facile de voir que le Koweït n’est qu’une excuse dans la description de situations qui existent dans les pays voisins … La critique est donc très présente, mais de façon équilibrée et réaliste. L’auteur ne se lance pas dans le tout-négatif comme on aime à le faire bien souvent, surtout en ce qui concerne les pays arabes, mais au contraire rend toute leur complexité aux différents personnages, ni bons ni mauvais, mais pris dans les tissus sociaux surpuissants. Et on apprend plein de choses sur les Philippines, pays que je ne connaissais pas du tout.


Mise à jour (nov. 2014) : après avoir lu beaucoup d’articles présentant cet auteur comme saoudien, voilà que je viens de lire qu’il serait en fait koweïti … Je ne sais pas où est la vérité, mais disons qu’il est khaleeji, pour être sûr ?


(ENG)

 

The bamboo branch – by Sa’ûd al-San’ûsî

 

The novel that won the International «Booker» Prize for Arabic Fiction in Lebanon in 2013. I just finished reading it, and I’m happy that it won the prize, even though I’m currently reading another one, short-listed for the same prize, that is as good, for different reasons.

The story is written in the first person, the story of a child born of a Kuwaiti father and Philippino mother, named José/Isa (both meaning Jesus in spanish and in arabic). At the time his mother was a maid at his father’s house. He wanted to marry her but his family put him under pressure so that he had to divorce her and send her back with the child in the Philippines, promising that he would take care of the boy later, when he would be able to work. But his father dissapears during the Iraqi invasion of Kuwait, and the narrator comes back to Kuwait with the help of his father’s former friend Ghassan, his head full of overly positive images of the country, that his mother fed him overtime, wishing him a better life in rich Kuwait than in the Philippines where poverty destroyed much of his family. But his father’s family doesn’t accept him, and the reasons of his return are in the end a sort of vengeance from Ghassan towards his father’s family, because he was prevented from marrying his love, one of the narrator’s aunt, being a «bidoun» (a kuwaiti, but with no papers). The narrator looks too philippino for his family, it brings shame to theur standing and their name. Only his half-sister and some friends supports him and make his life bearable in Kuwait.

My summary might be a bit shaky and not really representative, but the story is very good, the plot is always interesting because you never really expect the characters’ actions, and it’s written in a flowing style. And the social critic is there, balanced, realistic, not all-negative nor all-positive, but the narrator doesn’t restrain himself from breaching on any subject : 

 
  • The Philippines as a country crushed by poverty, obliging girls to work in prostitution, or to go and become full-time maids in faraway countries in dreaful conditions for some cases.
  • Kuwait as a rich country but full of contradictions, racism, stuck in an impossible play of social classes, of young people disinterested in their culture and their language … On that topic I highly appreciated the moment when the narrator asks his half-sister (full kuwaiti) why she talks only in english with her friends … He then essentially tells her, quoting a famous thinker from the Philippines, José Rizal, that abandonning your language that way is a sign of a succeeding foreign colonisation. You can’t be yourself if you mix up the functionnalities of the languages you know/have learnt : it’s alright to know other languages, it’s even what enable the narrator to communicate witht eh Kuwaitis, but you should not use it as a replacement for you mother tongue. And this is why, in the end, the narrator chooses to tell his story in his native tongue, story that will be translated into arabic by a philippino friend of his who know both languages (which is of course part of the fiction, but the book is presented such as you might think the real author is in fact only akind of publisher).
  • Religion comes in too. How it is percieved and used by the different characters in both countries, the political and spirituals elements. The narrator is a buddhist styled christian who has an interest in islam because of his origins. He doesn’t really convert to it, even though one might say he understands islam better than most. I particularly like a scene in the book where one of the narrator’s friend try to convert him to islam whit these so-called miraculous images of stuff like a fish that has its scales forming the name «Allah», or the mosque that is still standing up after a storm while all the houses are gone. The narrator then replies that these pictures are stupid : the storm obviously destroyed the wooden houses and not the concrete-built mosque, and he ends the conversation telling his friend ‘if you wnt to convince me of anything, you’d better read me the Quran and translate it to me’. Religious-wise he’s a very interesting and intriguing character which goes in the way of the common western view that all Saudis all religious fanatics who despise the rest of the world : the author is Saudi, and this is a book that speaks very intelligently about highly sensitive issues : immigrant workers in the Gulf from their point of view, and religions. Of course he doesn’t «attack» his own country directly, though you can feel that all Gulf countries are aimed at through Kuwait, and the book is published in Lebanon. But whatever.
  • The book, in general, speaks of the difficulty of being a child of two cultures, the quest for an identity, and growing up in poverty. The title of the books refers to the bamboos growing in his mother’s backyard in the Philippines, a plant that has the alleged capacity of taking roots anywhere in almost any conditions.

 

 

      The only thing that intrigues me in the plot is why the narrator never attempted to learn arabic while he had all sort of occasions for it.

      Anyway, I learned quite a lot of things about the Philippines too, and in the end it is a surprising book, and a very good one. I hope it’ll be translated into english and other languages soon …

Update (nov. 2014) : After reading numerous articles presenting this author as saudi, I just read others now saying he’s in fact from Kuwait. So I’ll keep investigating this strange turn of events, and meanwhile let’s say he’s khaleeji, just to be on the safe side …




كتاب أحبه كثيرا لاسباب مختلفة … من المفترض أن اترجم ما كتبت عنه في الفرنسية والانكليزية الى العربية ولكن ما عندي أي وقت … المهم أنني مسرورة أن مثل هذا الكتاب يحظى على جائزات. نتعلم الكثير عن مجتمعتي الكويت والفيليبين ورؤية ناس يجيؤون من دول عاشت
الاسعمار الغربي بشكل أو آخر ومهمة الكفاحة لأجل اللغة الوطنية التي تنقل الثقافة والتأريخ والهوية.

ملاحظة (نوفمبر 2014) لا أعرف ما يحدث : مرات قرأت أن هذا المؤلف هو سعودس والآن أقرأ أنه كويتي … فمن أين هو بالضبط ؟ لنقل هو خليجي … 

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1 Comment

Filed under Roman / Novel / رواية, Trucs modernes / Modern stuff / أشياء معاصرة

One response to “ساق البامبو ـ سعود السنعوسي Excellent roman saoudien / Very good KSA novel

  1. Je pense que je vais garder cette article dans mes favoris

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