“في ركاكة “اللغة الوسيطة / De la pauvreté de la “langue médiane” / Of the poorness of the “middle language”

في ركاكة “اللغة الوسيطة” نص من كتاب  ورشة الماضي : أوراق في السرد, الشعر ,السينما وسير الترحل

المؤلف : محمد الحارثي

(FRA)

Dans un livre qui rassemble divers textes et réflexions d’un auteur omanais, Mohammed al Hârithî (que je ne connaissais pas jusque là), j’ai lu celui-ci qui a attiré mon attention. Je pensais qu’il parlerait de l’arabe standard (utilisé dans les médias et les romans) comme étant plus pauvre que l’arabe classique (l’arabe du Coran et de la littérature classique), cela étant un discours que j’entends de temps à autre … Mais non, il parle d’un sujet qui me préoccupe encore plus : le remplacement de l’arabe, ou même toute tentative simplifiée de l’arabe, par un anglais boiteux et approximatif pour les communications dans la vie de tous les jours dans les pays du Golfe. (Et je dirais, partout ailleurs dans le monde arabe).

Il explique qu’il ne peut rien commander au restaurant s’il ne s’adresse pas en anglais aux serveurs, qui visiblement n’ont jamais eu l’occasion ni pensé apprendre quelques rudiments de la langue locale. Il raconte également une anecdote qui m’arrive en permanence à Beyrouth : la plupart du temps, les menus des restaurants ne sont écrits qu’en anglais, et son invitée du moment, libanaise, s’en était émue. Comment fait donc un arabe qui ne maîtrise pas l’anglais ? Comment, en tant que femme arabe ans un pays arabe, ne pourrait-elle pas commander son menu dans sa langue natale (les dialectes n’étant pas un problème pour elle) ? Je n’ose pas imaginer le scandale que cela serait si la moitié des restaurants parisiens n’affichaient leur menu qu’en anglais !

Mais voilà la situation dans les pays arabes … Et j’entends rarement les gens se plaindre de ce fait. D’accord, les gens ont peut être d’autre chats à fouetter (dictateurs, guerres, etc). Mais abandonner sa langue est loin d’être anodin. A Beyrouth c’est limite une source de fierté, de mépriser l’arabe, et ne parler qu’une forme bâtarde d’anglais ou de français (même si quelques uns maîtrisent quand même très bien ces langues). Comment être fier de laisser se perdre son identité, une part de son héritage ? (Beyrouth est peut-être un cas à part, où la moitié des gens ont l’air de refuser même l’étiquette “arabe”, quiconque y a mis les pieds a entendu le fameux “ah mais nous sommes les descendants des phéniciens !”. Certes, et moi je suis gauloise. Sévèrement romanisée aussi, mais passons. Mais au sultanat d’Oman, ils n’ont même pas cette “excuse”, il n’y a guère là-bas que des arabes plutôt fiers de l’être !).

Certes la situation des travailleurs immigrés dans le Golfe est rarement idéale (sauf pour les expatriés occidentaux) et la plupart des gens ne verrons dans mes dires que des préoccupations d’intello, mais pourquoi ne pas mettre en place systématiquement des cours d’arabe obligatoire pour toute personne venant y travailler ? Cours gratuits, minimum, histoire de s’adapter pour les petites interactions quotidiennes, ne serait-ce que par un “bonjour, bonsoir, s’il vous plaît” ? En lisant ce genre d’anecdote, et en ayant vu de moi même la situation dans divers pays arabes, je comprends pourquoi certains se sentent “envahis” culturellement, et qu’ils s’effraient de la perte de leur langue … Et c’est pour moi symptôme d’un énorme problème dont les conséquences se dérouleront sur le long terme. Car encore pire, et cela je l’ai vu aussi, les jeunes arabes même entre eux en viennent à se parler dans cet anglais qui ferait mal à Shakespeare (comme dit l’auteur ici). J’adore les langues, et j’aurais aimé être bilingue de naissance. Mais cela n’arrive pas en méprisant et en abandonnant une de ses langues …

Je suis française, et pourtant pas très accro à “la certaine idée de la france” ni même à ma langue, mais je m’offusquerais qu’un autre français s’adresse à moi dans une autre langue que notre langue commune. Un ami arabe à moi, qui parle anglais à ses amis (la seule excuse qu’il ait étant de faire des études de littérature anglaise), m’a rétorqué que ce point de vue relevait de mon privilège d’occidentale. Mais je ne vois pas ce que cela a à voir avec mon privilège d’occidentale. C’est pour moi la simple base de respect de sa propre identité … J’adore l’anglais (et des fois je comprends mieux les livres anglais que français), mais la mondialisation perd tout son intérêt si tout le monde met sa langue et sa culture dans un placard !

Et la dernière excuse, “l’arabe est trop dur pour les étrangers”, je dis : foutaise. L’anglais m’a été bien plus pénible à apprendre. Il manque simplement une bonne politique linguistique unifiée, plus de centres de langues pour étrangers avec des méthodes d’apprentissage efficaces, proposant à la fois langue classique et un dialecte (ou dialectologie pour faciliter l’apprentissage de n’importe lequel) et un bon travail de marketing* qui réduise cette réputation “difficile” de langue arabe, tout comme le système de francophonie le fait de par le monde.

* Désolée, mais je suis pas puriste au point d’évincer toute trace “étrangère” de la langue … Une langue est pleine de mots étrangers de toutes façons.

(ENG)

In a book containing diverse texts and thoughts of an Omanu author, Muhammad al Hârithî (I didn’t know him till now), I read one piece that drew my attention. I thought he would be speaking about the standard arabic language spoken in medias and novels, as poorer than the classical one (Coranic and classical literature arabic), this being something I hear from time to time … But no, he speaks about a subject that bother me more : the replacing of arabic, or any simplified form of it, by an approximative english in the daily life in Gulf countries. (And I want to add : and anywhere else in the arab world).

He goes on explaining that you cannot order anything in a restaurant if you don’t do it in english, the waiters not having had any occasion or desire to learn arabic in the first place. He relates an anecdote that happens to me all the time in Beirut : most of the time, restaurant menus are written in english only. And he remembers a time in Oman when it happened and he was with a Lebanese friend who got upset about it. How does an Arab manage to order something in his country if his doesn’t speak arabic ? How, as an Arab woman, would she not order something in her own native language (dialects not being a problem for her) ? I don’t dare imagine what a scandal that would be if half the restaurants in Paris proposed their menus only in English !

But this is how the situation is in Arab countries … And I rarely hear people complaining about it. Ok, people might other things to worry about (like dictators and wars). But abandonning your language is far from being a small nothing. In Beirut it’s even a source of pride, to despise arabic, and only speak an average english or french (even if some do master both language very well). How can you be proud to lose your identity, a part of your heritage ? (Beirut might be an exception, where half of the people seem to say “no, we’re not Arabs, we’re Pheonicians !”. Right, and I’m Gallic. Slightly roman too, what with roman invasions but well … But in the Sultanate of Oman they don’t even have this excuse, they are ”just” Arabs and rather proud of it !).

Of course the situation of migrant workers is far from ideal (except western expats), and most of people will see in my rantings just a bourgeois worries, but why not put up some arabic language course systematically for everybody who wants to migrate to an Arab country ? Free courses, a minimum of it, so that people can adapt in small daily interactions, if only with a “Good morning, Good evening, Please, Thank you” ? Reading that kind of anecdote, and having seen the same elsewhere myself, I understand why some people feel culturally “invaded”, and freak out about loosing their language … It is in my opinion symptomatic of a huge problem whose consequences will unravel on the long term. Because worse that this, I even saw young Arab people interacting between themselves in an English that would be painful to hear to Shakespeare (as says the author in his piece). I’m all for learning languages, and I wish I was raised bilingual. But that doesn’t happen by despising and leaving one of your languages behind.

I’m French, and not even very attached to everything French nor even to my language, but I would be upset if another French went on speaking to me in English or any other language than our own common language. An Arab friend of mine, who happens to speak in english with his Arab friends (the only excuse for him being that he studies English literature), answered to me that my point of view and rantings were coming from my western privilege. But I don’t see what it has to do with my western or white privilege or whatever. It’s just a basic respect of your own identity … I love english (and sometimes understand english books better than french ones), but globalization loose of all its interest if everyone relegate his/her identity in the attic !

And last excuse : “arabic is too hard for foreigners”. I say : BS. English has been much harder for me to learn (because it was my first foreign language). We lack a good linguistic policy in the Arab world, and language learning centres with good and efficient methods, giving both classical and dialectal classes (or dialectology to make it simpler to learn any dialect). And a good marketing campaign to crush this “difficult” reputation of the language, as do the francophony organisation around the world.

قرأت مقالة لمحمد الحارثي عن الوضع اللغوي الفظيع في العالم العربي … وكيف لا يمكنك طلب الطعام في المطعم الا بالانكليزية لأن الموظفين لا يتكلمون غيرها. فلماذا لا يقترحون دورات لغوية مجانية للموظفين الأجانب الذين يريدون أن يعملوا في البلدان العربية ؟ كما شفت بنفسي في بيروت , معظم القائمات في المطاعم ليست مكتوبة الا بالانكليزية… لو حدث نفس الشيء بباريس في فرنسا لسببوا ثورة في البلد ! وأسوأ من ذلك هو أن يتكلمون الشباب والبنات العرب بين أنفسهم بالانكليزية … ولما انتقدت واحد من أصدقائي العرب الذي كان يحكي بالانكليزية مع صديقه العرب أجلبني “تقولين ذلك بسبب إمتيازك من العالم الأول” كأنني غنية ولأنني من أوروبا ما عندي أي مشكلة في الحياة الا التفكير في اللغات … لا. لا علاقة بكوني فرنسية. وبالعكس أنا أحارب هذا النوع من الاجتياح الثقافي من قبل الغرب. كيف تحترم نفسك إذا لا تحترم لغتك ؟ أنا أهتم بالعربية أكثر من لغتي الأم الفرنسية ولكن سأغضب وأنزعج إذا أي شخص فرنسي يبدأ بالكلام معي في أي لغة أخرى من اللغة الفرنسية ! فأتمنى أن تأخذ العالم العربي طريق يؤدي الى سياسة لغوية قوية وتتكاثر مراكز اللغات ذات المستوى العالية لتعلم اللغة العربية القصحى والعامية ووو … وأن  يقل الناس من سمعة العربية كلغة صعبة. أنكليزيتي أفضل من عربيتي ولكن كانت الانكليزية أصعب بالنسبة لي من العربية لأنها كانت لغتي الأجنبية الأولى.

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2 Comments

Filed under Essais Etudes / Essays Studies Non-fiction / دراسات ونصوص غير خيالية

2 responses to ““في ركاكة “اللغة الوسيطة / De la pauvreté de la “langue médiane” / Of the poorness of the “middle language”

  1. a.

    Very good ideas and very well expressed. Thumbs up for those people, like me :), who decide to learn Arabic! Thanks for your interesting blog and keep up the good job!

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