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المثقفون في الحضارة العربية / Les intellectuels dans la civilisation arabe / Intellectuals in the Arabic civilisation

العنوان الكامل : المثقفون في الحضارة العربية : محنة ابن حنبل ونكبة ابن رشد

المؤلف : د. محمد عابد الجابري

الناشر : مركز دراسات الوحدة العربية

(Français)

Le titre complet est “Les intellectuels dans la civilisation arabe : l’épreuve d’Ibn Hanbal et la chute d’Averroès”. Ecrit par le philosophe contemporain marocain Muhammad ‘Abed al-Jâbirî, ce livre se penche sur la notion d’intellectuel dans le monde arabe. L’auteur s’intéresse d’abord au concept lui-même, né en France avec l’affaire Dreyfus et développé par d’autres ensuite, et veut savoir comment il peut être appliqué dans le monde arabe, en s’intéressant d’abord à la civilisation classique, pour ensuite comprendre que la situation n’a pas tellement changé de nos jours : il y a les intellectuels qui servent le pouvoir politique en place, et ceux qui cherchent à s’en distancier, voire à se révolter. Il montre dans ce livre que la célèbre épreuve d’Ibn Hanbal et l’affaire d’Averroès, c’est-à-dire leurs persécutions par le pouvoir pour leurs vues religieuses … Qui ne sont expliquées que par une situation purement politique.

Ibn Hanbal, “père” de l’école sunnite la plus dure, le hanbalisme (et d’aucuns diront père de nos salafistes modernes), avaient certes des vues différentes de l’école religieuse officielle de cette époque (le mu’tazilisme, genre de courant rationnalisant de la religion, ouvert et accommodant, faisant grande place à la raison, courant très plaisant à nos yeux de modernes). Mais la raison de sa persécution n’était pas tellement dans l’argument religieux, peu important dans n’importe quel autre contexte (Ibn Hanbal refusait de souscrire aux vues mu’tazilites que le Coran était “créé”, le credo sunnite étant généralement que le Coran est “incréé”) que dans la situation politique : les éléments cherchant à prendre le pouvoir dans la société de l’époque et à renverser le Calife étaient eux sunnites, et étaient facilement galvanisés par les discours d’Ibn Hanbal, très populaire et connu pour son indépendance d’esprit. Tous les mécontents se rassemblait dans le courant qu’il symbolisait … Le discours politique n’existant pas de façon indépendante comme aujourd’hui, et toute chose politique s’exprimant à travers d’autres instruments (religion, etc), le seul moyen de prévenir toute révolte était de discréditer les symboles, tels qu’Ibn Hanbal, en le forçant à adhérer au credo du Calife (beaucoup l’ont fait, sous la torture, et ont ainsi perdu tout crédibilité auprès des foules). Ibn Hanbal sera un des seuls à résister, et sera assigné à résidence, interdit de visites. Indépendamment de ses vues religieuses, il est donc pour al-Jabirî, un des modèles de “l’intellectuel” dans le monde arabe, de la sorte indépendante du pouvoir, quitte à en payer le prix fort.

Il mène la même enquête sur Averroès, qui lui a la réputation d’être religieusement et intellectuellement à l’opposé d’Ibn Hanbal, mais qui se fait tout de même lui aussi persécuté, soi-disant pour ses vues d’hérétique (quelques phrases décontextualisées de ses ouvrages étant en cause), ce qui est surprenant du fait qu’il a toujours été réputé comme cadi (juge musulman), descendant d’une famille de cadis, et apprécié pendant toute sa vie par le souverain, la persécution ne commençant que lors des toutes dernières années de sa vie. Il s’agissait effectivement d’un péché politique et non religieux : couplé avec la parution d’un ouvrage sur Platon très critique à l’égard des mode de gouvernement arabe de son époque, Averroès s’était dangereusement rapproché du frère du Calife, menaçant celui-ci dans son pouvoir …

L’auteur conclut le tout par une phrase qui résume tout, avec la notion d’associationnisme qui est un des grand péchés religieux en Islam (révérer quelqu’un d’autre en plus de Dieu) : “C’est l’associationnisme en politique que le dirigeant refuse, et il l’accuse au nom de l’associationnisme en religion”. Ou comment refuser toute contestation politique et trouver un excuse religieuse opportune et fort pratique pour acculer les opposants … Finalement très moderne n’est-ce pas ?

 

(English)

Full title : “Intellectuals in the arabic civilisation : the trial of Ibn Hanbal and the fall of Averroes”. Written by a morrocan contemporary philosopher, Muhammad ‘Abed al-Jâbirî, this book tackles the notion of “the intellectual” or “thinker” in the Arab world. The authors first reviews the notion and the word, appearing first in France with the Dreyfus Affair and then developped elsewhere. He wants to know how it can be applied in the Arab world, first by defining the intellectual in classical civilisation, and then understand its continuity in the modern world : there are the intellectuals who support the ruling political power, and those who keep themselves far from it, or even try to revolt against it. In this book he takes as an example of this former category the famour trial of Ibn Hanbal and the Averroes Affair, their persecutions by the political power on basis on their religious stances … Which were just an excuse for what was really worrying the ruler : their political stance.

Ibn Hanbal is the “father” of the most strict sunni school, hanbalism (and most would say of our modern salafis, along with Ibn Taymiyya and others). He definitely had some differents with the state theology which adhered to mu’tazilism, and is known to have been theologically the most open-minded and rational in islam (and lots of moderns regret its official disappearance). But the real reason behind Ibn Hanbal’s persecution was not so much the religious stance (the accusation was a bit flimsy compared to the level of trial and torture he was subjected to : Ibn Hanbal didn’t approve of the mu’tazilism view of the Quran as “created” like any other simple object). The main problem was that Ibn Hanbal was free-spirited and gathered around him all of the discontented and brooding parts of the population during very instable political times. And since there was no independent political discourse as is the case today, but on the contrary anything political had to be expressed with the langage of that era which was steeped in religious concepts and discourses … Then Ibn Hanbal was officially tried for his religious difference with the state. And he ended up being forbidden to receive any guests in his house or leave it. The caliph had to sever the link between him and the people, not because of religion, but because of the political important place he could have, being a figure of opposition holding true whatever the consequences. So for al-Jâbirî, wether we agree with his religious views, Ibn Hanbal was definitely one of those independent intellectuals in the Abbassid era.

The author turn to Averroes’ case with the same intent, Averroes who is religiously the opposite of Ibn Hanbal, one of the models of open-mindedness. But he was also persecuted for his religious views, accusations even more flimsy than Ibn Hanbal’s : a few lines from one of hiw book, taken out of their explanation and context. He was renowned as a qadi (religious juge), descended from a important family of qadis who always have worked for the rulers. His persecution begins only towards the end of his life, after a long peaceful carreer and close adviser to the califs. The real reason was in fact simple : Averroes had published a book on Plato and using the current political scene as examples to Plato’s arguments, so the book appeared very critical of the regime … Adding to that his growing closeness to the Caliph’s brother who was the main contender and threat to the Caliph’s power.

The author sums up everything with a single sentence at the end, using the notion of associanism which is a big deal in islam (associanism means revering something else in addition to God) : “It is associanism in politics that the ruler refuses, and he persecutes it in the name of religious associanism”. Or how to refuse any political opposition and find in religion a good excuse to attack opponents … Sounds very modern indeed.

 

أول كتاب قرأته من هذا المؤلف بعدما درسنا مقاطع من أعماله في الجامعة وكنت معجبة باتزان أفكاره وتناوله لموضوعات مختلفة. في هذا الكتاب يتناول مفهوم المفكر أو المثقف في العالم العربي : كيف نطبق هذا المفهوم الأجنبي الأصل في الحضارة العربية ويطبقها على قضيتين مشهورتين في التاريخ العربي أي مهنة ابن حنبل و نكبة ابن رشد. في بحثه نكتشف الاسباب الحقيقية للقضيتين : كيف يُضطهدان مفكران مختلفان جدا من قبل السلطة ؟ كانا متهمين لأسباب دينية أو على الأقل هذا كان القول الرسمي… ويشرح المؤلف بشكل مقنع أن الأسباب كانت سياسية في الأساس لا أكرث ولا أقل. و لأن الخطبة السياسية في ذلك الوقت لم كن موجودة مثل في عالمنا وإنما كانت الخطبة الرسمية خليط من الدين والسياسة وأشياء أخرى (قد لايزال الوضع مثله اليوم ولكن ليس بنفي الدرجة) فالاتهامات ضد الأشخاص الخطيرين للسلطة كانت هي أيضا منغطرسة في المفاهيم الدينية. وبرهان ذلك كله أيضا أن شخصان بأفكار دينية معاكسة مثل ابن رشد وابن حنبل يوجهان نفس المساكل من قبل السلطة : ليس الدين هي المشكلة بل السياسة والأفكر وراءه…

وبدلك البحث يطرح المؤلف أن المثقفين في العالم العربي يعرضون للتصنيفات نفسها من مثقفين الغرب : فئة منهم مستقلون وقد يكونون البعض متمردين ضد السلطة وفئة أخرى مسندي السلطة  …

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معارك طاش ما طاش / Les batailles de Tash ma Tash / The battles of Tash ma Tash

المؤلفة : بدرية البشر

الناشر : المركز الثقافي العربي

(FRA)

Qu’est-ce donc que Tash ma Tash ? Non pas un lieu, mais une série télé. Série télé comique qui a été diffusée pendant des années au moment du Ramadan en Arabie Saoudite (parce que le mois de Ramadan c’est aussi le mois des séries dans le monde arabe). Série télé comique qui à travers ses sketches s’attaque à à peu près tout les sujets de société du royaume, y compris les droits des femmes et la police religieuse , et donc bien évidemment, comme on peut s’y attendre, cela en a irrité quelques uns …

Ce livre relate donc l’histoire de cette série, et le fait social qu’elle est devenue, les réactions du public, et plus généralement des deux courants de pensée présents en Arabie Saoudite, les modérés et les radicaux. Succès éclatant, regardée par l’écrasante majorité de la population, allant du travailleur pauvre au roi lui-même, cette série a duré de nombreuses années, malgré les fatwas diverses et variées, y compris des plus hautes instances religieuses.

L’auteur analyse cette batailles entre courants, entre pro et contre, selon ce qu’elle appelle “l’esprit d’interdiction” (du mot arabe “tahrîm” lié à la notion de “harâm”, et qui recouvre à la fois la notion d’interdit et de sacré … Manger du porc c’est “harâm”, mais la Kaaba est aussi la maison sacrée, c’est-à-dire “bayt al harâm”. J’adore ces bizarreries de la langue arabe). Esprit d’interdiction qui pousse les extrémistes et radicaux religieux à voir du “harâm” dans à peu près tout (et on sait que certains religieux saoudiens peuvent être drôlement inventifs dans le genre) et donc rédiger une fatwa le concernant. Ici, cette série s’inscrit donc en plein dans le camp combattant cet esprit d’interdiction qui étouffe la société, non pas par choix délibéré, mais simplement de par sa nature comique, et des sujets abordés par les deux acteurs et créateurs de la série. Et visiblement, elle a souvent réussi à remporter la mise.

A noter : l’auteur, sociologue et écrivain dont j’ai déjà parlé dans d’autres articles, est la femme d’un des deux créateurs de la série (Nasser al Qasabi, pas loin d’être l’équivalent de Louis de Funès en Arabie Saoudite)

(ENG)

So what is Tash Ma Tash ? Not a place, but a TV series. Running for years during the month of Ramadan in Saudi Arabia (because Ramadan is not only the Holy month, it’s also the TV-series month in the arab world). Comic TV series made up of sketches about any subject or hot social topic in the kingdom, including women’s rights and religious police … So as one can expect, it has ruffled some feathers the wrong way.

This book relates the story behind this series, and the social fact it has become in the Kingdom. The viewers’ reactions, and more generally the two main school of thought present in the Kingdom : the moderates and the radicals. The series was a huge success, the majority of the country’s population following it, from the poor worker to the king himself, and this has lasted for years, despite many a fatwa from the most important clerics of the country.

The author analyses this battle, between those in support of the show and those against, with the concept of “the forbidding spirit”. (On this note : the arab word for “forbidding”, “tahrîm”, covers both the notion of “forbidding/banning” and the notion of “sacred” … Eating pork is “harâm” (forbidden) but the Kaaba is also the Sacred House, “bayt al-harâm”. I just love these quirks of the arabic language). This forbidding spirit is what drives the radicals to see “harâm” things everywhere (and how inventive Saudi clerics can be on the matter is well known), and then go on writing a fatwa about it. So this TV series is squarely in the middle of the battle between those who want to get rid of this forbidding spirit and support the TV series which finds itself politicized, not by choice, but by its comic nature. And most of the time it seemed to have won the battle …

Sidenote : the author, sociologist and writer whom I already mentionned in other posts, is the wife of on of the two creators of the TV series (Nasser al Qasabi).

يتناول هذا الكتاب المسلسلة تاش ما تاش كظاهرة اجتماعية في المجتمع السعودي حسب المفهوم “روح التحريم” وهو ما يدفع البعض الى تحريم كل شيء وأي شيء في هذا البلد فتشرح الكاتبة كيف أصبحت المسلسلة ظاهرة مسيسة ومشهورة الى حد لا تخيل صانعوها في البداية فقط لكونها مضحكة ومتناولة قضايا اجتماعية “ساخنة”

كتاب مثير للانتباه لمن يريد أن يعرف ما هي الخطوط الحساسية في هذا البلد وكيف الضحك قد يكون أسلحة مهمة.

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“في ركاكة “اللغة الوسيطة / De la pauvreté de la “langue médiane” / Of the poorness of the “middle language”

في ركاكة “اللغة الوسيطة” نص من كتاب  ورشة الماضي : أوراق في السرد, الشعر ,السينما وسير الترحل

المؤلف : محمد الحارثي

(FRA)

Dans un livre qui rassemble divers textes et réflexions d’un auteur omanais, Mohammed al Hârithî (que je ne connaissais pas jusque là), j’ai lu celui-ci qui a attiré mon attention. Je pensais qu’il parlerait de l’arabe standard (utilisé dans les médias et les romans) comme étant plus pauvre que l’arabe classique (l’arabe du Coran et de la littérature classique), cela étant un discours que j’entends de temps à autre … Mais non, il parle d’un sujet qui me préoccupe encore plus : le remplacement de l’arabe, ou même toute tentative simplifiée de l’arabe, par un anglais boiteux et approximatif pour les communications dans la vie de tous les jours dans les pays du Golfe. (Et je dirais, partout ailleurs dans le monde arabe).

Il explique qu’il ne peut rien commander au restaurant s’il ne s’adresse pas en anglais aux serveurs, qui visiblement n’ont jamais eu l’occasion ni pensé apprendre quelques rudiments de la langue locale. Il raconte également une anecdote qui m’arrive en permanence à Beyrouth : la plupart du temps, les menus des restaurants ne sont écrits qu’en anglais, et son invitée du moment, libanaise, s’en était émue. Comment fait donc un arabe qui ne maîtrise pas l’anglais ? Comment, en tant que femme arabe ans un pays arabe, ne pourrait-elle pas commander son menu dans sa langue natale (les dialectes n’étant pas un problème pour elle) ? Je n’ose pas imaginer le scandale que cela serait si la moitié des restaurants parisiens n’affichaient leur menu qu’en anglais !

Mais voilà la situation dans les pays arabes … Et j’entends rarement les gens se plaindre de ce fait. D’accord, les gens ont peut être d’autre chats à fouetter (dictateurs, guerres, etc). Mais abandonner sa langue est loin d’être anodin. A Beyrouth c’est limite une source de fierté, de mépriser l’arabe, et ne parler qu’une forme bâtarde d’anglais ou de français (même si quelques uns maîtrisent quand même très bien ces langues). Comment être fier de laisser se perdre son identité, une part de son héritage ? (Beyrouth est peut-être un cas à part, où la moitié des gens ont l’air de refuser même l’étiquette “arabe”, quiconque y a mis les pieds a entendu le fameux “ah mais nous sommes les descendants des phéniciens !”. Certes, et moi je suis gauloise. Sévèrement romanisée aussi, mais passons. Mais au sultanat d’Oman, ils n’ont même pas cette “excuse”, il n’y a guère là-bas que des arabes plutôt fiers de l’être !).

Certes la situation des travailleurs immigrés dans le Golfe est rarement idéale (sauf pour les expatriés occidentaux) et la plupart des gens ne verrons dans mes dires que des préoccupations d’intello, mais pourquoi ne pas mettre en place systématiquement des cours d’arabe obligatoire pour toute personne venant y travailler ? Cours gratuits, minimum, histoire de s’adapter pour les petites interactions quotidiennes, ne serait-ce que par un “bonjour, bonsoir, s’il vous plaît” ? En lisant ce genre d’anecdote, et en ayant vu de moi même la situation dans divers pays arabes, je comprends pourquoi certains se sentent “envahis” culturellement, et qu’ils s’effraient de la perte de leur langue … Et c’est pour moi symptôme d’un énorme problème dont les conséquences se dérouleront sur le long terme. Car encore pire, et cela je l’ai vu aussi, les jeunes arabes même entre eux en viennent à se parler dans cet anglais qui ferait mal à Shakespeare (comme dit l’auteur ici). J’adore les langues, et j’aurais aimé être bilingue de naissance. Mais cela n’arrive pas en méprisant et en abandonnant une de ses langues …

Je suis française, et pourtant pas très accro à “la certaine idée de la france” ni même à ma langue, mais je m’offusquerais qu’un autre français s’adresse à moi dans une autre langue que notre langue commune. Un ami arabe à moi, qui parle anglais à ses amis (la seule excuse qu’il ait étant de faire des études de littérature anglaise), m’a rétorqué que ce point de vue relevait de mon privilège d’occidentale. Mais je ne vois pas ce que cela a à voir avec mon privilège d’occidentale. C’est pour moi la simple base de respect de sa propre identité … J’adore l’anglais (et des fois je comprends mieux les livres anglais que français), mais la mondialisation perd tout son intérêt si tout le monde met sa langue et sa culture dans un placard !

Et la dernière excuse, “l’arabe est trop dur pour les étrangers”, je dis : foutaise. L’anglais m’a été bien plus pénible à apprendre. Il manque simplement une bonne politique linguistique unifiée, plus de centres de langues pour étrangers avec des méthodes d’apprentissage efficaces, proposant à la fois langue classique et un dialecte (ou dialectologie pour faciliter l’apprentissage de n’importe lequel) et un bon travail de marketing* qui réduise cette réputation “difficile” de langue arabe, tout comme le système de francophonie le fait de par le monde.

* Désolée, mais je suis pas puriste au point d’évincer toute trace “étrangère” de la langue … Une langue est pleine de mots étrangers de toutes façons.

(ENG)

In a book containing diverse texts and thoughts of an Omanu author, Muhammad al Hârithî (I didn’t know him till now), I read one piece that drew my attention. I thought he would be speaking about the standard arabic language spoken in medias and novels, as poorer than the classical one (Coranic and classical literature arabic), this being something I hear from time to time … But no, he speaks about a subject that bother me more : the replacing of arabic, or any simplified form of it, by an approximative english in the daily life in Gulf countries. (And I want to add : and anywhere else in the arab world).

He goes on explaining that you cannot order anything in a restaurant if you don’t do it in english, the waiters not having had any occasion or desire to learn arabic in the first place. He relates an anecdote that happens to me all the time in Beirut : most of the time, restaurant menus are written in english only. And he remembers a time in Oman when it happened and he was with a Lebanese friend who got upset about it. How does an Arab manage to order something in his country if his doesn’t speak arabic ? How, as an Arab woman, would she not order something in her own native language (dialects not being a problem for her) ? I don’t dare imagine what a scandal that would be if half the restaurants in Paris proposed their menus only in English !

But this is how the situation is in Arab countries … And I rarely hear people complaining about it. Ok, people might other things to worry about (like dictators and wars). But abandonning your language is far from being a small nothing. In Beirut it’s even a source of pride, to despise arabic, and only speak an average english or french (even if some do master both language very well). How can you be proud to lose your identity, a part of your heritage ? (Beirut might be an exception, where half of the people seem to say “no, we’re not Arabs, we’re Pheonicians !”. Right, and I’m Gallic. Slightly roman too, what with roman invasions but well … But in the Sultanate of Oman they don’t even have this excuse, they are ”just” Arabs and rather proud of it !).

Of course the situation of migrant workers is far from ideal (except western expats), and most of people will see in my rantings just a bourgeois worries, but why not put up some arabic language course systematically for everybody who wants to migrate to an Arab country ? Free courses, a minimum of it, so that people can adapt in small daily interactions, if only with a “Good morning, Good evening, Please, Thank you” ? Reading that kind of anecdote, and having seen the same elsewhere myself, I understand why some people feel culturally “invaded”, and freak out about loosing their language … It is in my opinion symptomatic of a huge problem whose consequences will unravel on the long term. Because worse that this, I even saw young Arab people interacting between themselves in an English that would be painful to hear to Shakespeare (as says the author in his piece). I’m all for learning languages, and I wish I was raised bilingual. But that doesn’t happen by despising and leaving one of your languages behind.

I’m French, and not even very attached to everything French nor even to my language, but I would be upset if another French went on speaking to me in English or any other language than our own common language. An Arab friend of mine, who happens to speak in english with his Arab friends (the only excuse for him being that he studies English literature), answered to me that my point of view and rantings were coming from my western privilege. But I don’t see what it has to do with my western or white privilege or whatever. It’s just a basic respect of your own identity … I love english (and sometimes understand english books better than french ones), but globalization loose of all its interest if everyone relegate his/her identity in the attic !

And last excuse : “arabic is too hard for foreigners”. I say : BS. English has been much harder for me to learn (because it was my first foreign language). We lack a good linguistic policy in the Arab world, and language learning centres with good and efficient methods, giving both classical and dialectal classes (or dialectology to make it simpler to learn any dialect). And a good marketing campaign to crush this “difficult” reputation of the language, as do the francophony organisation around the world.

قرأت مقالة لمحمد الحارثي عن الوضع اللغوي الفظيع في العالم العربي … وكيف لا يمكنك طلب الطعام في المطعم الا بالانكليزية لأن الموظفين لا يتكلمون غيرها. فلماذا لا يقترحون دورات لغوية مجانية للموظفين الأجانب الذين يريدون أن يعملوا في البلدان العربية ؟ كما شفت بنفسي في بيروت , معظم القائمات في المطاعم ليست مكتوبة الا بالانكليزية… لو حدث نفس الشيء بباريس في فرنسا لسببوا ثورة في البلد ! وأسوأ من ذلك هو أن يتكلمون الشباب والبنات العرب بين أنفسهم بالانكليزية … ولما انتقدت واحد من أصدقائي العرب الذي كان يحكي بالانكليزية مع صديقه العرب أجلبني “تقولين ذلك بسبب إمتيازك من العالم الأول” كأنني غنية ولأنني من أوروبا ما عندي أي مشكلة في الحياة الا التفكير في اللغات … لا. لا علاقة بكوني فرنسية. وبالعكس أنا أحارب هذا النوع من الاجتياح الثقافي من قبل الغرب. كيف تحترم نفسك إذا لا تحترم لغتك ؟ أنا أهتم بالعربية أكثر من لغتي الأم الفرنسية ولكن سأغضب وأنزعج إذا أي شخص فرنسي يبدأ بالكلام معي في أي لغة أخرى من اللغة الفرنسية ! فأتمنى أن تأخذ العالم العربي طريق يؤدي الى سياسة لغوية قوية وتتكاثر مراكز اللغات ذات المستوى العالية لتعلم اللغة العربية القصحى والعامية ووو … وأن  يقل الناس من سمعة العربية كلغة صعبة. أنكليزيتي أفضل من عربيتي ولكن كانت الانكليزية أصعب بالنسبة لي من العربية لأنها كانت لغتي الأجنبية الأولى.

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