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Le mythe des Trois Tabous / The Myth of the Three Taboos / خرافة التابوهات الثلاثة

(FRA)

J’ai dû en parler certainement ailleurs, mais je voudrais revenir rapidement sur ce que rabâchent beaucoup de profs de littérature arabe, et qui commence à me “courir sur le haricot” … Les trois tabous de la littérature arabe. A croire que ces profs de littérature (et autres intellectuels) ne lisent pas les livres dont ils sont sensés être les spécialistes : paraîtrait-il que la littérature arabe n’ose jamais aborder les sujets de sexe, de politique et de religion. (Tiens c’est d’ailleurs aussi le genre de sujet qu’il vaut mieux éviter en repas de famille si on ne veut pas que ça dégénère …). Mais comme cet exemple le montre, ainsi qu’une infinité d’autres, ces trois sujets tabous sont amplement présents dans les romans arabes …

Que les sociétés arabes soient “timides” dans l’espace public en ce qui concerne ces trois sujets (encore qu’en politique, je trouve qu’il y a un peu trop de révolutions, de chants anti-régimes et de renversements politiques dans les pays arabes pour encore penser que la politique soit taboue), cela est peut-être plus ou moins vrai. Plus ou moins car au Liban, je ne vois pas tellement en quoi la religion est taboue, tellement tout le monde s’affiche selon la sienne et que la société dans tous ses recoins est organisée selon ses 18 “sectes” religieuses reconnues. Quant au sexe, allons bon, il est vrai que certaines régions sont plus conservatrices que d’autres, et qu’on en parle pas trop en public. Mais est-ce que ne pas pouvoir débattre de ses exploits sexuels sur un plateau de téléréalité est une perte pour la civilisation ? Je ne sais pas. En tous cas, on n’en parle pas beaucoup sur la place publique, mais il ne s’en passe pas moins de choses … Et les langues se délient dans certains contextes de façon beaucoup osée qu’on ne le penserait. En tous cas, sur ces sujets, il devient utile de se reporter à la littérature.

Trois tabous sociaux donc, éventuellement, mais tabous littéraires ? Haha. Au contraire, je dirais même que parce que l’espace public n’est pas toujours ouvert à ces tabous, ils viennent s’éclater en littérature. Le premier livre en arabe que j’ai lu (qui aura bientôt son post), “les filles de Riyadh”, tombait en plein là dedans. (D’accord, pas beaucoup de politique …). Qui de plus est, ce livre sortait tout droit du pays le plus conservateur de la région, ce qui a aidé dans sa publicité d’ailleurs, rien de mieux qu’un bon scandale pour vendre un livre qui aurait passé inaperçu en France. Donc voilà peut être est le point de friction :  les “tabous” font scandale pour certains livres (bien qu’il ne s’agisse pas forcément des plus “osés”, ce qui est curieux). Ces dit livres se retrouveront sûrement interdits de vente dans certains pays, du fait du scandale. Donc on appelle ces sujets, source de scandale, “tabous”. Mais ils sont bel et bien là, dans d’innombrables livres, et pas seulement les quelques uns dont on entend parler (comme les Filles de Riyadh), relativement inoffensifs comparé à d’autres. Je croyais qu’un tabou était un sujet dont personne ne parlait, un vrai interdit. Il faudrait dans ce cas renommer tout ça “les trois sources de scandale occasionnel”. Mais c’est moins vendeur, et ça casse cette image orientaliste à laquelle on tient tellement pour une raison ou une autre, celle des sociétés arabes culturellement sous-évoluées, bloquées à un stade de puritanisme que l’on croit avoir dépassé en Europe depuis longtemps …

(ENG)

I might have mentionned it already, but I want to talk a bit more about a subject raised by many an arabic literature teacher, and which annoys me more and more … This subject is “The three taboos of arabic literature”. You would think these teachers (and other intellectuals) would read and know better about what they are supposed to be specialised in : because according to everyone of them I met up until now, there is three taboos in arabic literature, namely sex, politics and religion. (They happen to be also the three subjects one will want to avoid in a family gathering if one wants to have a quiet time !). But contrary to what they say, these three subject are to be amply found in arabic literature …

That these are taboos in arab societies, it may be true. Even if I have some doubts about the political one : too many revolutions, civil wars and anti-regime songs going on about to really think politics is off limits in the public space. And religion : in Lebanon you have 18 official “sects” which rules almost everything, even politics, church bells and muezzins all together … And ok, sex maybe is really taboo. Sort of. I don’t think not being able to talk about one’s sex life on a reality TV show is a great and significant lack of civilisation, but well, sex abound, it’s just that you can’t talk about it with anyone. (And it’s not as puritanical as you might think). Anyway, better to get back to the literary space.

So, social taboos maybe, but not literary ones. On the contrary, I would say that because the public space is not always open to these taboos, they revel in literature … The first book I read in arabic (and which is goint to have its very own post), “The Girls of Riyadh”, is precisely full of it. (Okay, not so much politics … ). And it came from the most conservative country of the middle east, which helped sparking the scandal that made such a marketing success for a book that would have been otherwise overlooked in France. So here is maybe the key to the misunderstanding : these “taboos” create a scandal about a book (books that are not even that scandalous compared to others that go quite unoticed, go figure), and then the scandal might lead to the ban of said book in some countries. So these subjects provoking scandal are names “taboos”. But there are fully there, everywhere, in almost every book I ever read in arabic. I though a taboo was something one was really forbidden to talk about … So we should rename all of these “the three subjects that might occasionally spark a scandal”. But it doesn’t look so good anymore for the marketing business … And it dangerously breaks the image we love having of an arab world culturally slightly inferior to us, a world stuck in some puritanical age we westerners think having let go of long ago …

أتكلم هناك عن ما يراودونه كثير من أساتذتي في الأدب العربية وهو فكرة التابوهات الثلاثة في الأدب : الجنس والسياسة والدين. وطالما استغربت من وصفها “تابوهات” : ففي كل رواية قرأتها تقريبا وجدت موضوع الجنس أو السياسة أو الدين أو الثلاثة معا. فما علاقة التابو وهو موضوع ممنوع التكلم عنه وبين هذه المواضيع نجدها في الكتب باللغة العربية ؟ قد تكون هذه المواضيع حساسة وتسبب الفضيحة (لصالح الناشر الذي سيبيع الكتاب أكثر مثلما حدث ل”بنات الرياض”) ولكن ليست تابوهات. وأكثر من ذلك أعتقد أن كون الجنس والدين والسياسة حساسة في الساحة العامة في البلدان العربية تجعلها موجودة بكثرة في الأدب !

على كل حال تسميتها “تابوهات” هي عادة سهلة في الغرب حيث نحب الحفاظ على صورة من العالم العربي كعالم متخلف قليلا في الأدب وغائص في زمان من القمع الأخلاقي الذي نفكر نحن الغربيين أن تخلينا عنه منذ زمان …

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